Ils en avaient 16
Réalisé dans le cadre de la grande commande nationale orchestrée par la BnF. « Radioscopie de la France : regards sur un pays traversé par la crise sanitaire ». 2021/2022.
L’adolescence est le temps d’une recherche de soi. Ce passage est souvent marqué par la crise d’adolescence, qui loin d’être un caprice, est nécessaire pour quitter l’enfance et se construire en tant qu’adulte. C’est le moment de jouer avec les règles et les limites, parfois même de les transgresser pour mieux les comprendre, se les approprier et les intégrer à son éthique de jeune adulte. Les mesures sanitaires et les confinements à répétition qui ont dicté le tempo de cette période ont été appliqués sans résistance par la grande majorité des adolescents. Ils ont en effet compris que le non-respect des mesures d’isolement pouvaient, dans le pire des cas, provoquer l’hospitalisation ou la mort d’un être cher. Face à un tel risque, le désir d’opposition à la règle, sain et naturel à cet âge, s’est trouvé éteint, écrasé par le poids de la responsabilité. Le processus de résolution de la crise d’adolescence a ainsi été empêché par une autre crise, plus globale, qui a monopolisé tout le débat public en éteignant la parole des adolescents. Et si les corps jeunes ont été épargnés, le psychisme de la jeunesse, en plein développement et particulièrement sensible à son environnement, a été malmené, comme paralysé par la situation sanitaire. Un tel contexte exceptionnel donne naissance à une nouvelle histoire de la jeunesse, à de nouvelles histoires de vie.
Pour ce projet, je me suis installé dans l’Yonne, j’ai partagé et documenté le quotidien de deux groupes de jeunes. Le premier groupe (une bande) est principalement représenté en extérieur. Au sein d’une bande d’adolescents, on se construit à la fois dans l’altérité et la fusion. Bruyamment et en silence, spectateurs des autres et de soi-même, c’est beau, asymétrique et mouvant. Le mode de fonctionnement de l’adolescent est particulier : il se questionne et se forge son opinion auprès de ses pairs. En d’autres termes, les adolescents ont besoin les uns des autres pour penser, se construire, exister.
Le second groupe est quant à lui porté sur l’intimité d’une famille. En son cœur, Joey et Océane, ils ont 21 ans, sont ensemble depuis 10 ans et viennent de fêter leurs 3 ans de mariage. Ils passent leur vie ensemble, travaillent dans le même centre d’appels téléphoniques, ont contracté un crédit immobilier pour construire leur foyer, s’habillent de la même façon, ont tous les deux les cheveux longs et jouent sur leur apparence physique de façon à se quasi-confondre. Du fait de nombreux rebondissements, leur quotidien se déroule dans une maison inachevée dont plus de la moitié est inhabitable. Ils habitent avec leurs sept chats et hébergent Chloé (la petite sœur d’Océane) qui dort dans la caravane située dans le jardin en attendant de trouver un endroit où aller.
Bio
Léo vit et travaille à Paris, il est diplômé de l’école des Gobelins en 2018. Son travail photographique est principalement centré sur l’intime et la reconstruction post-traumatique.
Ses projets réalisés dans la région de Fukushima, au Japon (2019), et à Blackpool, au Royaume-Uni (2018), explorent avec empathie les trajectoires humaines liées à des catastrophes naturelles, industrielles et économiques.
Par la suite, sa série « À bas bruit » (2020/2021), réalisée dans une maison en baie de Somme pendant la première année de pandémie, raconte une histoire polyamoureuse entre 4 personnes âgées de 21 à 25 ans. Il est ici surtout question d’observer et de documenter une tentative d’échappatoire dans un contexte pandémique particulier.
Lauréat de la grande commande photographique du ministère de la culture orchestrée par la BNF, Léo d’Oriano a entamé un travail immersif sur la santé mentale d’adolescents en milieu rural. Il envisage cet ensemble photographique comme une monographie romanesque, le témoignage tendre d’un entre-deux (le devenir adulte). Surplombées par les nuages noirs d’une actualité mondiale de plus en plus anxiogène, ces photographies dévoilent le quotidien de jeunes gens aux émotions fluctuantes.
Son dernier projet « I feel better », lauréat de la bourse Jean-Luc Lagardère dresse le portrait de Dean, combattant de boxe à mains nues. Il documente ses différents combats, ceux visibles (contre les autres) et ceux, plus intimes, contre ses addictions et dans sa quête rédemptrice auprès d’Oliver, son fils de deux ans.




